La mort inévitable des labs ?

En 2015, avec mon "poto" Dimtry B nous avons créé le Business Lab. Avec le sponsorship hyper engagé de notre direction (Merci Eric L), nous avons créé un hacker-space, ou nous pouvions explorer pleinement le big data, l'intelligence artificielle, etc... en essayant d'avoir une approche pragmatique et aussi ambitieuse. (Pour en savoir plus je vous invite à lire cet article ou je reviens sur de nombreuses réalisations https://www.linkedin.com/pulse/mes-3-derni%C3%A8res-ann%C3%A9es-innovation-jerome-fortias/)

Pour autant dés le début j'avais annoncé que cela devait être provisoire et amener à la création d'un centre de service (et donc de production).


Le contexte particulier de la transformation digitale

Il faut revenir à la nature même de la transformation DU digital. IoT, l'intelligence artificielle, le VR, etc... étaient des techniques anciennes. Ce qui était nouveau c'était l'accessibilité et la simplicité de mise en oeuvre, en tout cas d'un point de vue technique.

Mais cela a généré un environnement anxiogène pour de nombreux clients et sociétés, d'autant que dans la presse parlait de nouvelle révolution industrielle, l'étude de l'Oxford School mal lue par les journalistes faisait qu'ils annonçaient 50% de perte d'emploi...etc... etc...

A cela s'ajoutait aussi une informatique qui s'était normalisée, à coup de framework faisant d'une activité élitiste dans les années 80-90, un métier comme autre accessible au plus grand nombre....

Les managers étaient souvent dépourvus de compétences techniques, car ils n'avaient pas à faire d'arbitrage technique, donc étaient recrutés sur d'autres critères. Ils étaient souvent perdus.... J'aimais à dire que les ESN étaient comme des Boucheries dirigées par des végétariens....


Et on créa les LAB

Le lab que j'ai créé, comme les autres, était avant tout un espace d'exploration mais aussi d'expérimentation pour permettre d'abord à nos clients de mieux comprendre la transformation digitale, concrètement ! Comme pour le bug de l'an 2000, on a peut être survendu tout cela...

Il faut aussi prendre en considération que ces labs étaient des outils HR de motivations pour les jeunes qu'on souhaitait recrutés et un support pour les nos managers et les vendeurs.

Quand le staffing en disait long

Si certains labs étaient réellement fantastiques (je pense à un lab sur l'IoT à Toulouse), on a vu aussi des labs qui étaient "gérés" que par des juniors et des stagiaires. On parlait de domaine mature et intellectuellement hyper engagé qui nécessitait aussi de la séniorité et des managers...Des managers avec des compétences techniques fortes, justement car il y'avait une nécessité à faire des arbitrages techniques. De nombreux managers "classiques" voyaient d'un mauvais oeuil ce type de profil.

Ces aspects politiques ont été pour moi un premier signe...

Quand le Bling Bling et le BullShit ont débarqué dans les labs

La non-adhésion réelle des managers, faute de compréhension technique, ont fait que les labs sont vite devenus des outils de prestiges, avec comme conséquence, une réduction des budget, et une absence de construction d'un modèle économique et d'un Go-To-Market.

Cela a été un étalage de démonstrateurs de réalité virtuelle, de réalité augmentée, de robots, etc... Souvent des applications totalement bullshités (impossible pour un visiteur de tester le chatbot lui même) ou encore des démos génériques ou on ne faisait qu'ajouter le logo de la société, en modifiant un ou deux détails. Beaucoup de vent !

Un virage totalement raté

La vraie plus-value n'était pas dans le bling-bling mais dans la construction de système. Si l'intelligence (Inter ligaré) est de créer des liens entre des concepts pour en créer de nouveaux, la richesse était dans la construction de solutions composites qui associaient des nouvelles technologies avec des applications courantes... Ce que j'ai appelé les applications augmentées.

Le sens même de l'innovation totalement oublié

La nature d'un progrés et d'une innovation est claire ! Quand on est passé de la machine à écrire au traitement de texte, cela n'a pas été qu'un changement de matériel (on aurait pu faire un programme qui se comporte avec l'imprimante comme une machine à écrire). Cela a été accompagné par de nouvelles fonctionnalités (copier coller, enregistrement, correcteur, etc...)

Mais dans de nombreux labs nous avons eu des applications en VR qui n'apportaient juste qu'un changement d'interface graphique. Les agences bancaires virtuelles par exemple étant le parfait exemple de truc inutile...

Une innovation n'est pas que dans le médium, mais aussi dans le fait qu'elle apporte une quantité importante de nouvelles fonctionnalités, suffisante pour justifier l'effort de changement.

Une mutation du lab vers un centre de service et de compétence
Après 4 années, si on n'a rien appris, si on n'a rien compris, c'est qu'on doit faire autre chose. Le lab était avant tout un outil pédagogique et de communication.

Quand j'avais créé le Business Lab, le mot business c'était pour intégrer l'idée que l'équipe du lab devait aussi réaliser de vrais projets, autant que de former des clients, à la condition qu'on mette à la disposition de ces derniers de véritables talents (pas des bébés).

Aujourd'hui, d'une certaine manière avoir un lab c'est reconnaitre qu'on n'a rien compris. Le marché est là, les technologies sont matures, .... Il est temps de produire du concret.

Conclusion

Aujourd'hui je reconstruis presque le même lab que j'avais créé en 2015.... Mais ce n'est pas tout à fait pareil : Là ou j'avais acquis des objets plus tape-à-l'oeuil (mais pas que) comme le robot Pepper, aujourd'hui j'achête d'abord de la puissance de calcul par dizaine de TFlops.

Pourquoi ? Parce que ce n'est pas un lab, mais un centre de compétence et d'expertise qui se doit de produire des solutions utilisables des produits et réaliser des projets.

Au lieux de faire des démonstrateurs, nous réalisons des prototypes dans une démarche "produits", de vrais projets, et services associés, avec ce que cela inclut comme questions sur la propriété intellectuelle, le support, etc...

Et combien même je continue à recruter des jeunes, les profils sélectionnés sont clairement les plus élitistes que possibles (Merci la Belgique pour avoir une des 3 meilleures universités consacrées à l'intelligence artificielle).

Le bling bling c'est fini. Le vrai business commence. On se doit d'investir dans le capital le plus important : l'intelligence humaine et le travail.

Mais avoir créé un lab a été un bonheur incroyable ! J'ai eu pendant deux années, une équipe fantastique, et nous avons réalisé des choses incroyables, peut etre trop en avance sur le marché... Cela a été mes plus belles années et cela ne reviendra pas. Mais je garde un souvenir incroyable. Je dois à mes deux Eric (EB et EL) une reconnaissance éternelle pour cela.

Au passage, si vous passez par Bruxelles, venez me voir :-) Vous verrez cela de vos propres yeux

Jerome Fortias jerome.fortias@brightknight.eu

Je vous invite à découvrir mes archives vidéo avec de nombreuses démontrations : https://www.youtube.com/channel/UC9edll95URABGlr9JoHcGfQ/videos

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